Verlion s’endort ce soir.

Je m’endors ce soir. Je m’endors ce soir. Verlion s’endort ce soir.

Verlion tournait sans arrêt dans son lit. Il devait être debout à l’aube le lendemain pour son départ en stage, mais… Rien, impossible de trouver le sommeil.

Verlion s’endort ce soir. Verlion s’endort ce soir. Verlion s’endort… C’est inutile, ça ne sert à rien.

Verlion s’allongea sur le dos et resta étendu, les yeux rivés sur le plafond. Il s’était à moitié convaincu que ces répétitions incessantes finiraient par l’hypnotiser mais c’était un échec manifeste.

Dans son Ordre, on s’entraînait à lutter contre la fatigue. On confectionnait des décoctions pour récupérer d’une courte nuit après une soirée alcoolisée. Mais pour dormir, rien. Pas de méthode, pas de grigri, pas de potion. « Dormir, c’est tricher. » C’était la devise officieuse de l’Ordre de la Chère. Enfin, semi-officieuse puisque l’Ordre la reconnaissait presque et que les jeunes Sacerdots l’avaient elle-même travestie en « Vomir, c’est tricher. »

Verlion soupira. Il repensa un instant aux choix qui l’avaient emmené là, à tenter de s’endormir dans un baraquement ordinal. Ces choix qui n’étaient pas les siens, mais ceux de ses parents, et de son père Hibours en particulier. Ce dernier, convaincu qu’une famille notable – notable en quoi ? – a des obligations, avait décidé de faire de ses trois enfants de dignes représentants respectifs des grands corps qui font de fiers parents. L’aînée mage, Tortumouche Kinésis, le cadet soldat, Goupilapin Baliste, et enfin le benjamin religieux, lui, Verlion Chérubin.

Verlion s’endort ce soir. Ce soir, Verlion s’endort.

Sauf que Verlion ne s’endormait pas. Il songeait à sa famille aux prénoms ridicules. À la légende familiale qui les avait fait naître et qui, comme nombre de légendes, permettait de justifier une tradition stupide par une histoire inepte.

Celle-ci remontait, paraissait-il, aux temps reculés de la fondation du Grand Orient où, pour de prétendues mesures d’égalité, venait de passer très officiellement la loi interdisant l’utilisation de noms de famille, ces derniers devant être remplacés par le rôle joué dans la société. La famille Bouquetin, dont il descendait, portait déjà dans son sang cette volonté de montrer au beau monde qu’elle valait mieux que celle du voisin. Ces parvenus avaient fait fortune grâce à la géniale invention de son aïeul, Loup Bouquetin, qui s’était acoquiné avec un Terrien pour confectionner des bottes magiques à l’usage de la soldatesque. Particularité parfaitement inutile et donc indispensable, leurs semelles viraient progressivement au rouge lorsqu’elles trempaient dans le sang. Le sang des ennemis, bien sûr. De quoi pouvoir parader en montrant ses dessous de pieds cramoisis au retour de la guerre. Que les tremper dans le sang de cochon déclenchât aussi le rougissement ne sembla pas faire obstacle à la vente phénoménale des bottes, au contraire. Les fantassins comme les bouchers s’arrachèrent les bottes Bouquetin et remplirent les bourses de la famille.

Lorsque la loi fut promulguée, Loup refusa de voir son nom, et donc sa gloire toute récente, disparaître. Il profita de la confusion qui régnait dans toute l’administration orientale pour allonger son prénom et se fit inscrire dans les archives sous le nom de Loubouctin Chausseur. Les autorités étant regardantes sur les tentatives de faire subsister les patronymes dans les lignées, il ne put cependant pas faire de même pour ses enfants. Loubouctin, ne pouvant se résoudre à ce que sa famille perde la superbe qui la distinguait de la plèbe, décida que ses fils, comme lui désormais, porteraient comme prénoms deux noms d’animaux, qui les accompagneraient en leur prodiguant leurs attributs tout au long de leur vie. Ceci ne suffit pourtant pas à ce que sa lignée continue d’éblouir le voisinage. Un conflit survint, et avec lui la constatation qu’une fois rougies, les semelles Loubouctin devenaient perméables, faisant ainsi le malheur de tous les soldats si fiers de les arborer en temps de paix.

C’est débile. Débile. Et Hibours, encore, on voit la sagesse, la majesté. Mais Verlion… Verlion ! Bon sang de bonsoir. Ça ressemble à quoi, Verlion ? Pff… « L’organisation du ver et la force du lion. » Tu parles d’un patronage pourri…

Verlion se mit sur le côté, la tête tournée vers la fenêtre fermée qui laissait passer un rai de lumière lunaire.

Encore que… Je ne sais pas ce que je préfère. Ce prénom moisi, ou le surnom qu’ils me donnent ici… Sérieusement…

Verlion se remit sur le dos. Il ferma les yeux quelques secondes, les rouvrit et jura. Le stress l’emportait largement sur la fatigue. Il se leva et enfila une veste, puis se dirigea vers la porte du dortoir. Il avait besoin de prendre l’air.

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2 Commentaires

  1. Pat
    Publié le 8 avril 2020 à 22:04 | Permalien

    Ça manque de caca.

    Mais sinon c’est cool.

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