La Tutelle

On a vu les liens entre la Fédération et les Écoles, mais nos lecteurs attentifs n’auront bien sûr pas manqué de se demander en leur for intérieur : « Oui, mais entre la Fédération et les Ordres, alors ? ».

Oui, mais entre la Fédération et les Ordres, alors ?

Contrairement à ce que l’on pourrait croire en voyant l’intrication actuelle entre clergé et État, les Ordres n’ont pas été conviés à la lente fondation de la Fédération du Grand Orient après la chute du Royaume.

En effet, les mages n’ont jamais trop baigné dans le religieux, et s’ils envisageaient de se consacrer à une entité spirituelle supérieure, celle-ci n’était rarement autre que la Magie. Ne serait-ce que parce qu’ils y voient l’essence objective de la science, et donc du monde et des lois qui le sous-tendent. Assez naturellement, les Écoles n’ont pas vu d’un très bon œil le récit d’Osh’kaulaa :  des Géniteurs qui se posent en origine de toute Magie montrent des travers que ne renieraient pas bon nombre de mortels, auxquels on peut encore ajouter les guéguerres de pouvoir d’à qui sera le Régent.

Le scepticisme affiché du Pentacle d’alors a fait que la Fédération s’est construite dans l’absence totale d’implication des Ordres, le choix de culte de chacun étant toutefois garanti par les nouveaux textes de lois. Pas tant par défense des libertés individuelles que par indifférence des mages vis-à-vis de la chose et volonté de ne pas se mettre le peuple à dos.

La déception des Ordres

La déception des Ordres

Ouais mais bon, ils pouvaient pas s’ignorer longtemps, si ?

La Fédération aurait pu continuer d’ignorer les Ordres encore longtemps, si un grain de sable n’était venu se mettre dans ses rouages, en pillant ses villages et en suicidant ses administrés. Ce grain : Les Bâtards des Oubliés, un groupuscule terroriste aux pouvoirs bizarres dont celui d’infliger le Mal Vague, à savoir une dépression tant aiguë que fatale à ses victimes. Après l’échec d’une tentative de négociation de la part du Grand Orient soldée par la démence de leur émissaire et l’incapacité à mener une guerre sur la totalité de son territoire, la Fédération n’a plus eu pour choix que de céder à la pression des Ordres et de faire appel à eux pour mettre un terme à cette crise par tous les moyens possibles.

Il me faut expliquer rapidement ici que les Bâtards se revendiquaient de la progéniture de Géniteurs mineurs non représentés par les sept Ordres, qui avaient décidé de bien faire comprendre à la Fédération qu’il fallait cesser le favoritisme envers ces derniers et offrir une vitrine égale à tous les dieux de l’Ollihbaï. D’où l’ire des Sept.

Mais bon, là, pour le coup, ils ont pu se défouler.

Soit tu reconnais mon papa, soit on te fout le cafard jusqu'à ce que t'en crèves.

Soit tu reconnais mon papa, soit on te fout le cafard jusqu’à ce que t’en crèves.

Euh, ouais, mais c’est quoi la Tutelle ? Que je comprenne le titre du billet…

Après la Guerre des Huit, qui sera peut-être détaillée dans un autre billet, et qui a vu la victoire des Ordres (et de la Fédération) sur les Bâtards, les Églises ont gagné le droit de mettre leur nez dans les affaires de l’État. Cet accord, rapidement désigné sous le nom de Tutelle, est encore en vigueur aujourd’hui. C’est notamment lui qui a établi le droit pour les maires à faire appel à un Ordre pour la gestion de leur ville, et qui a donc conduit de nombreux ecclésiastiques à briguer des responsabilités locales. Les Ordres sont devenus de facto religions d’État, et les sceptiques orientaux se gardent bien de faire valoir en public leurs doutes.

Mais pour autant, si la bouderie entre les Sept et la Fédération a pris fin à cette occasion et que les Ordres ont fait front tous ensemble pour obtenir la Tutelle, ces derniers se livrent désormais à des jeux plus ou moins propres de conquête politique pour agrandir leur territoire d’influence. Chaque Ordre manigance dans son coin pour obtenir la tutelle de villes stratégiques, contrôler des ressources, des voies commerciales, etc.

Roger de la Chère met discrètement du sel dans le vin de la Tolérance pendant leur loterie de charité.

Roger de la Chère met discrètement du sel dans le vin de la Tolérance pendant leur loterie de charité.

En jeu, ces mécanismes politiques vont venir sérieusement compliquer les intrigues. Pour un groupe de Peujs (quelles que soient leurs motivations), leur existence est à la fois un levier et un danger. Qui d’autre est sur le coup ? Faut-il prévenir les autorités fédérales ? Tenter de négocier un compromis ? Se barrer avec le pactole et se mettre tout le monde à dos ? Une chose est certaine : ceux qui ont été lésés s’en souviendront.
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