Les Ordres (1)

Les scientifiques ne jurent que par la Magie. Mais il arrive un moment où « Ta gueule, c’est magique » n’est pas une explication satisfaisante pour une bonne partie des créatures d’AWP. Fort heureusement pour eux, ce n’est pas la seule : voyons comment celle-ci peut-être avantageusement remplacée par « Ta gueule, c’est divin ».

Mené en bateau

L’Histoire des Ordres, la religion majoritaire en AWP, avant tout c’est l’histoire d’un mec. Un mec normal, Oriental, qui est sur le pont d’un bateau. Il s’appelle Osh’kaulaa Bhrèz, et il s’est engagé dans la Marine du Grand Royaume, sur le Doçanios, vaisseau d’un haut responsable nommé Ghalérace. Et c’est il y a un demi-millénaire.

La légende veut qu’une tripotée de dieux, ou plutôt de Géniteurs, comme ils se nomment eux-mêmes, soient apparus au mousse Osh’kaulaa, puis à l’équipage tout entier. Comme dans tout panthéon qui se respecte, chaque Géniteur est venu avec son domaine de compétence, qu’il s’est empressé de transmettre aux marins par des discussions approfondies sur l’origine du monde, la nature de la magie, ou encore comment bien vivre sa vie. De cet incroyable échange naîtra l’Ordre, clergé originel ancêtre des actuelles sept factions religieuses dominantes sur le Grand Continent.

Manque de pot ou volonté divine, le prophète disparaîtra purement et simplement du bateau au cours d’une nuit, laissant le reste de l’équipage, plus tout à fait marins mais déjà complètement prêtres, discuter encore un peu avec les Géniteurs en pleurant l’évaporation du premier clerc Osh’kaulaa. Le bateau regagnera terre peu après, quatre ans après son départ (si on ne compte pas les ravitaillements), et les Géniteurs ne réapparaîtront plus après, en tout cas officiellement.

Scripta manent nec mergitur

Les journaux tenus par les membres de l’équipage virent leurs pages qui fleuraient bon l’iode et l’eau salée compilées par Ghalérace, au bout d’un travail de plus de cinq ans, en un gros bouquin. Le tout ayant été grandement facilité grâce à une technologie mécanique de pointe nommée l’imprimerie, offerte entre temps par les Terriens tombés du ciel.

Ce livre, intitulé l’Ollihbaï, était pensé pour être le recueil de référence des préceptes de l’Ordre, tels qu’enseignés par les Géniteurs. Las, l’histoire était trop simple pour être vraie. En effet, l’Ollihbaï de Ghalérace n’était pas qu’une compilation des différents textes, mais bien une sélection minutieuse des passages les plus importants, mais surtout, des plus cohérents. Avaient notamment été écartés du canon définitif tout un tas de notes prises par le reste de l’équipage après la disparition d’Osh’kaulaa.

Seven nation army

En effet, parmi les Géniteurs, sept d’entre eux avaient trouvé bon de commencer à parler à leur marin de prédilection d’un rôle un peu particulier au sein du panthéon, à savoir celui du Régent, autrement dit le chef des dieux, Géniteur parmi les Géniteurs. Rien de problématique en théorie, si chaque Géniteur ne s’était pas arrogé ce titre suprême. Il sembla donc tout naturel à Ghalérace de ne pas inclure ces dialogues contradictoires dans son ouvrage afin de ne pas affaiblir le message de l’Église naissante.

Voyant que chacun de ses compagnons pensait détenir la vérité (et donc que les autres avaient été trompés par des Géniteurs trop imbus de leur personne), Ghalérace proposa à regret la dissolution d’un Ordre devenu ingérable par ces divergences de croyance. Pour autant, l’ancien équipage d’Osh’kaulaa s’entendait toujours sur la nécessité de transmettre le message des Géniteurs, et que le recueil de Ghalérace, couplé à l’existence d’un clergé pour enseigner son contenu, était le meilleur moyen de le faire. Il fut décidé que parmi les fondateurs de l’Église, chacun aurait la liberté de constituer son propre Ordre, avec pour texte sacré l’Ollihbaï de Ghalérace, renommé pour l’occasion Prime Ollihbaï, augmenté d’un appendice concernant le Régent tutélaire.

Ainsi furent créés les sept Ordres modernes, avec pour ambitions l’entraide et la coopération dans la diffusion de la parole divine, le tout dans le respect de leurs différences. C’était bien sûr sans compter la réalité de ce genre de cohabitation et des luttes politiques qu’elle peut engendrer.

(À être continué… dans un prochain billet)
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9 Commentaires

  1. Publié le 17 mars 2013 à 19:17 | Permalien

    Quel est l’équivalent du “amen”, “inch’allah”, etc. ?

    • Publié le 17 mars 2013 à 19:55 | Permalien

      Très bonne question. Je vais y réfléchir. Quoi qu’il en soit, une des manières de faire sa prière consiste à faire un gâteau Osh’kaulaa (désolé).

  2. Publié le 21 mars 2013 à 15:16 | Permalien

    Y a-t-il un ou des mouvements œcuménique(s) visant au rapprochement des différents ordres ?
    Je veux dire, réellement, pas dans le but d’annexer ou anéantir les autres.

    • Publié le 21 mars 2013 à 15:56 | Permalien

      Pas de mouvement œcuménique à proprement parler, mais le fils de Ghalérace, Philédème, a fondé sur le tard une institution encore minoritaire, nommée « l’Ordre Orthodoxe » ou « Orthordre », qui ne reconnaît comme livre fondateur que le Prime Ollihbaï, et qui aimerait évidemment que les différents Ordres arrêtent de se foutre sur la gueule et oublient ces histoires de Régents.

  3. Bonta-kun
    Publié le 25 mars 2013 à 11:16 | Permalien

    Deux questions :

    1) existe-t-il des textes apocryphes et des ordres non reconnus par les sept Ordres? éventuellement des sectes et autres penchants éventuellement très dévoyés des ordres connus?

    2) D’après ce que je lis de Ghalérace, c’est un sacré lache… à la “première difficulté” et idées nouvelles il jette l’éponge au lieu d’essayer de rassembler tous ces courants différents sous sa bannière…

    Pourquoi? est-ce par lâcheté? était-il dépressif? ou au contraire était-il mal conseillé par des intriguants aux mauvaises intentions? Etait-ce dû à des intrigues politiques bien plus sombres?

    En effet, si l’on s’inspire de la religion Chrétienne de notre monde, il y a de nombreux courants dérivés tous acceptés sous la même bannière (et même des sectes, mais eux moins acceptés).

    Voilà!

    Bonta-kun

    • Publié le 25 mars 2013 à 11:47 | Permalien

      De très bonnes questions ! On ne peut pas y donner de réponses claires (mais on fera croire qu’il y en a peut-être une)

      1) Oh, que oui.

      2) Ghalérace, comme tous ses potes, étaient des suiveurs. Leur Leader a disparu, les a abandonnés. Depuis, les problèmes ont l’air plus difficiles à gérer… Mais il fallait que le message passe, coûte que coûte. Quel était le meilleur moyen de faire ça ? Chicken, ou grand sage ?

    • Publié le 25 mars 2013 à 11:55 | Permalien

      Et pour compléter la réponse de Bibi, on peut pas vraiment dire que les nombreux « courants dérivés » aient été acceptés sans problème sous la même bannière. Les chrétiens cathos et réformés sous le même étendard, on en voit aujourd’hui, mais avant ça, on a quand même eu droit à un paquet de Saint-Barthélémy.

      Du coup, Ghalérace, il était pour le rassemblement. Et il a essayé de maintenir l’Ordre. Il était pas forcément contre les idées nouvelles, d’après ce qu’il dit dans l’Ollihbaï (oui, moi je l’ai lu), mais si les idées nouvelles sont toutes contradictoires, sans exception, le message perd vachement de sa force, d’où la volonté de ne garder que ce qui était commun.

  4. Publié le 25 mars 2013 à 23:39 | Permalien

    Comment les membres des autres civilisations d’AWP voient tout ça ?
    Y croient-ils aussi (et sont-ils acceptés par les ordres) ou ont-ils leurs propres croyances ?

    • Publié le 25 mars 2013 à 23:51 | Permalien

      Cela dépend. L’exemple le plus flagrant est celui des Azardes, qui ont déjà un culte très présent avant la création des Ordres (j’en dis pas plus, ça sera développé dans le billet sur les Azardes) et qui du coup, s’en éloignent que peu par la suite. Pour autant, parmi les compagnons d’Osh’kaulaa sur le Doçanios figurait un Azarde.

      De manière plus générale, les autres civilisations ont connaissance des Ordres et y prennent parfois part de plus ou moins près. Les Ordres acceptent théoriquement toutes les civilisations, l’égalité des races étant un des préceptes de l’Ollihbaï.

      Cela dit, les Ordres, bien que confession majoritaire, n’est pas non plus unanime chez les Orientaux.

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